" Tout est pauvre et mesquin en France en ce moment. " (parole d'Athos, Vingt Ans après, chap. XXIX, 1845)

 

 

 

 

 


 

2002, l'année Hugo. Certes, mais pas seulement. Il y en a un autre qui est né lui aussi quand son siècle avait deux ans : Alexandre Dumas. Alexandre Dumas le grand, pour reprendre le titre de la biographie que lui avait consacrée le regretté Daniel Zimmermann il y a presque dix ans . Le grand, oui, l'énorme Dumas, l'incirconscrible, l'inclassable, le prolifique Dumas. Plus de mille titres : poésie, nouvelles, théâtre, romans, récits de voyage, causeries, toutes les formes, tous les genres ont été couchés de sa belle écriture - celle-là même qui lui valut d'entrer en 1822 dans les bureaux du duc d'Orléans - sur ces grands feuillets de papier bleu, que l'on trouve encore parfois chez les marchands d'autographes. Dumas, l'auteur français le plus lu à travers le monde, le plus adapté au cinéma , doit partager son bicentenaire avec l'écrivain français officiel : Victor Hugo.

Logique et mathématique, rien à redire. Les destins des deux hommes ont souvent été parallèles. Enfants du siècle et de généraux d'Empire, ténors du mouvement romantique, ils étaient liés, ils s'estimaient, ils travaillaient parfois ensemble. Dumas invente le drame romantique (Henri III et sa cour, 1829) en s'inspirant, entre autres, des théories de Hugo (Préface de Cromwell, 1827) ; ce dernier crée l'événement (Bataille d'Hernani, 1830) et la France découvre un nouveau genre théâtral. Plus tard, en 1836, les deux auteurs dramatiques uniront leurs forces pour la création d'un second Théâtre-Français réservé au drame. Suivront, de part et d'autre, brouilles, réconciliations, exils, romans et pièces diverses.

Au moment où ces lignes s'écrivent, il semble cependant que l'anniversaire de la naissance de l'auteur des Misérables fasse de l'ombre à celui de l'auteur des Trois mousquetaires. Depuis plusieurs mois, les présentoirs des librairies sont surchargés de rééditions de Hugo, de biographies, d'essais sur l'auteur. Les médias, avec zèle, se font l'écho de ce bicentenaire-là et paraissent un peu oublier l'autre. Dumas étant né en juillet, on peut supposer que le deuxième semestre 2002 lui sera plus favorable. Supposons : quelques rééditions, quelques colloques, une ou deux expositions thématiques, un numéro spécial du Monde des livres, et puis ?…