Tableau de la poésie en France en 1933

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Claude-Pierre Pérez


 


 

En avril 1933, les lecteurs de la NRf purent découvrir, tout à la fin du numéro, juste avant le bulletin consacré à La Vie financière (qui déplorait le repli boursier provoqué notamment par la récente accession d’Hitler au poste de Chancelier), un très inhabituel appel à contribution. Se proposant de consacrer la plus grande part de son numéro de septembre à un « Tableau de la Poésie en France », la revue demandait « à tous les poètes français – aux poètes encore inconnus non moins qu’aux poètes célèbres ; aux ouvriers et aux paysans, aussi bien qu’aux intellectuels et aux bourgeois ; aux professionnels comme aux poètes du Dimanche – de lui adresser des poèmes inédits ». Chaque envoi devait être accompagné d’une notice indiquant, outre le nom du poète, « son âge, sa profession, l’origine de sa vocation poétique et les raisons de son attachement à la poésie ».
Ce « Tableau de la poésie » parut, non en septembre, mais en octobre et en novembre. Il occupe un peu moins de quatre-vingt pages, assez conformes au projet annoncé. L’introduction (non signée – mais tout, fond et forme, dénonce la main de Paulhan, qui fut, sa correspondance le confirme, l’initiateur et le maître d’œuvre du projet) assure : « Nous avons reçu quelque dix mille poèmes et témoignages. » Si les textes sélectionnés ne sont finalement que quarante-quatre (au lieu des soixante prévus en avril), du moins représentent-ils « assez fidèlement ceux qui ne l’ont pas été ».
Chaque auteur reçoit à peu près le même traitement : en caractères gras, son nom, suivi, s’il ne s’appelle pas Jules Supervielle ou Fernand Gregh, de sa profession et de sa date de naissance (« G. de Bellet, danseur, né à Nice en 1903 », « Marthe Goulliart, sténo-dactylographe, 40 ans ») ; vient ensuite, avant le poème (en italiques), la notice (en romains) dans laquelle l’intéressé expose, conformément aux instructions, l’origine et les raisons de sa vocation poétique : c’est ce que l’introduction appelle « témoignage ». La forme et la longueur de ces témoignages varie beaucoup ; certains sont de véritables récits de vie, des abrégés de roman, et il arrive qu’en les lisant on se souvienne des humbles qu’on trouve dans les récits de Paulhan. L’intérêt de cette section (par laquelle le « Tableau » se démarque des anthologies ordinaires) n’est donc pas moindre que celui de la section « Poèmes » : du point de vue de Paulhan, il est même sans doute supérieur. Lisez « les témoignages, surtout », recommande-t-il à Gide.
Cette publication, pourtant, ne semble pas avoir soulevé l’enthousiasme. Les quelques lettres qui s’y rapportent, en réponse à des questions de Paulhan, ne marquent pas un intérêt très vif, et, si l’on en croit l’introduction de novembre, la lecture du « Tableau » a surtout provoqué des interrogations empreintes de scepticisme : « À quoi parvenez-vous ? » demande-t-on aux responsables de la revue – « À quoi tendait votre enquête ? » C’est à ces questions, naturellement, que je tenterai de répondre, mais avant cela, et pour cela, il est nécessaire de regarder d’un peu plus près les quatre-vingt pages publiées.

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