Portrait de l’artiste en dilettante wagnérien

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Timothée Picard

 


 

Qui voudrait appréhender ce phénomène complexe et polymorphe que constitue le Wagnérisme intellectuel et culturel d’un point de vue strictement sociologique pourrait s’en tenir à sa représentation littéraire. Les œuvres qui, tout en le nourrissant, s’en font l’écho, sont suffisamment nombreuses et parlantes pour que l’on puisse en dresser un inventaire synchronique et diachronique à la fois représentatif et instructif. Ce qui serait perdu du point de vue de la multiplicité des sources et des études de réception concrète pourrait ainsi être compensé par ce gain inestimable que constitue, du point de vue de l’histoire des mentalités, l’étude des raisons d’être d’une transposition artistique, en même temps que celle de ses modes de réalisation. En se prêtant à ce jeu, on remarquerait en effet qu’à travers l’émergence au sein du Wagnérisme littéraire de
quelques figures constantes, il est possible de suivre, avec ce léger retard que représente par rapport à la réalité effective d’un fait socioculturel sa prise de conscience par l’artiste et sa mise en fiction, toute l’histoire de la réception wagnérienne et des enjeux qu’elle a eus, son avant-gardisme élitiste et volontiers snob, puis son élargissement aux différentes couches de la société, enfin son affaiblissement et sa résorption progressive en tant que fait socioculturel jusqu’à ne plus devenir l’apanage que de quelques personnalités marquantes mais néanmoins isolées.
Parmi ces figures, il en est une récurrente sur l’ensemble de la littérature européenne en un temps historique relativement circonscrit, celle du dilettante wagnérien. Il s’agit de la première d’entre ces figures – avant que ne lui succèdent celles, entre autres, du cénacle wagnérien, du petit-bourgeois wagnérien ou du sympathisant (néo)nazi wagnérien – et à bien des égards la plus intéressante et la plus abondamment illustrée d’entre elles. Qu’est-ce que le dilettante wagnérien ? Traité sur le mode léger, parodique ou au contraire profondément tragique, il s’agit de bien autre chose que d’un simple avatar du dandy, esthète et paillasse fin-de-siècle. La spécificité musico-littéraire de sa configuration wagnérienne ainsi que de sa définition première lui donnent des enjeux tout à fait particuliers et c’est ce que, tout en nous intéressant à la raison de sa rapide disparition du champ littéraire, nous aimerions envisager ici.
Notre hypothèse est que l’écrivain, en mettant en scène de façon aussi fréquente la figure négative, tragique – et, de ce fait même, parfois involontairement comique – du dilettante wagnérien, cherche de façon cathartique à se défaire de l’angoisse que représente pour lui cette œuvre wagnérienne dont la supposée perfection le stérilise dans son activité créatrice, ainsi que de la conception du monde que cet univers véhicule, conception qui, confrontée au principe de réalité, trahit une forme d’aporie, d’impossibilité existentielle particulièrement néfaste. Que ce transfert sous forme de « mise à mort » de Wagner s’accompagnât d’un dépassement des matières en jeu, rien n’est moins sûr, et c’est ce qu’il s’agira de mettre en lumière.