
À
la recherche de Victor Hugo.
Journal dun spectateur du bicentenaire (suite)
4 mars 2002. Dans la Grange Dîmière de la Ferme de Cottinville, à Fresnes, avant-première de LHomme qui rit, adaptation de François Bourgeat, interprétée par Laurent Schuh. Javais gardé un bon souvenir dune tentative analogue de Gérard Guillaumat à partir, déjà, dun découpage de François Bourgeat. Mais encore meilleur de ladaptation dramatique dYves Gasc jouée dans un pavillon des Halles en cours de démolition. Et ce soir, je ne peux mempêcher de comparer le plaisir tellement plus grand que ma procuré celle de Yamina Hachemi, vue début février, avec le sentiment pénible que jéprouve dassister à une performance dacteur insuffisante, malgré tous les efforts dinventions scéniques, pour soutenir mon attention. Nous choisissons la fuite à lentracte.
5 mars. Dans les salons de la Sorbonne, soirée dhommage à Hugo et Dumas. Jai tenu à y faire entendre, alternant avec les textes, quelques chansons sur des paroles de Hugo : Vanina Michel chante celles de Brassens et de Colette Magny ; Gérard Berliner trois des siennes. Jean-Luc Debattice prête sa voix à Dumas racontant les répétitions dHernani et laffrontement entre Mlle Mars (Catherine Chevallier) et Hugo (François Roy). Ruth Orthmann dirige très habilement les neuf comédiens qui se relaient sur le plateau improvisé. Les invités reçoivent un tiré à part des textes critiques qui accompagnent la réédition par Maisonneuve et Larose du manuscrit dHernani en fac-similé.
9 mars. À Verrières-le-Buisson, mise en scène, par Pierre de Galzain, dun poème de La Légende des siècles, « Le Petit Roi de Galice », avec un accompagnement musical composé par Éric Lemière. Nous y assistons sur le conseil damis hugoliens qui ont apprécié la tentative. Sans enthousiasme. Jaurais mieux fait daller voir à Aubervilliers LIntervention par la compagnie « Les Enfants du Paradis », dont Vincent Wallez, qui a mis en scène avec talent la pièce il y a quelques années, dit le plus grand bien. À défaut de pouvoir être au Centre culturel Albert-Camus de Tananarive où se donne en ce moment Mille francs de récompense, mise en scène de Marcia de Castro, par la compagnie malgache Landy Vola Fotsy dAntananarivo !
17 mars. Abricadabra-Péniche, sur le bassin de la Villette, dans le Dix-neuvième Arrondissement. On sembarque pour un spectacle intitulé LArt dêtre Hugo, montage de quatorze poèmes de LArt dêtre grand-père. On monte à bord et, sans quitter le quai de Seine, on voyage ou plutôt on plonge instantanément dans le temps. Lidée de départ relevait dun artifice assez conventionnel : les figures de cire du vieil homme et de Mariette, la servante évoquée dans LArt dêtre grand-père, saniment la nuit et revisitent les poèmes ; mais symboliquement, elle définit un projet tout à fait légitime : retrouver, au-delà des images figées, la réalité familière et le contexte historique dune uvre. Dans un décor dune apparente naïveté que son cadre imaginaire justifie, sans prétention mais sans mièvrerie, Pascal Sanvic, qui sest fait la tête du Hugo des années 1870, interprète avec simplicité, bonhomie et fermeté les textes de ce recueil où lintime nexclut pas le politique. Destiné à un public où, idéalement, seraient réunis « grand âge et bas âge mêlés » (selon la formule suggérée par le titre même dun des poèmes choisis) et cest le cas, en cette fin de dimanche après-midi , le montage nédulcore pas le recueil et fait place au souvenir de lexil, aux attaques de la presse déchaînée contre le défenseur des communards pourchassés, à la lapidation de Bruxelles, à la dénonciation de limposture du discours clérical. Accompagnée de projections analogues à celles dune lanterne magique, LÉpopée du lion est un régal dironie. On sort de la péniche avec limpression enfantine et lémotion nostalgique davoir vraiment passé une heure avec Hugo.
