À la recherche de Victor Hugo.
Journal d’un spectateur du bicentenaire (suite)

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Arnaud Laster

 


 

4 mars 2002. Dans la Grange Dîmière de la Ferme de Cottinville, à Fresnes, avant-première de L’Homme qui rit, adaptation de François Bourgeat, interprétée par Laurent Schuh. J’avais gardé un bon souvenir d’une tentative analogue de Gérard Guillaumat à partir, déjà, d’un découpage de François Bourgeat. Mais encore meilleur de l’adaptation dramatique d’Yves Gasc jouée dans un pavillon des Halles en cours de démolition. Et ce soir, je ne peux m’empêcher de comparer le plaisir tellement plus grand que m’a procuré celle de Yamina Hachemi, vue début février, avec le sentiment pénible que j’éprouve d’assister à une performance d’acteur insuffisante, malgré tous les efforts d’inventions scéniques, pour soutenir mon attention. Nous choisissons la fuite à l’entracte.
5 mars. Dans les salons de la Sorbonne, soirée d’hommage à Hugo et Dumas. J’ai tenu à y faire entendre, alternant avec les textes, quelques chansons sur des paroles de Hugo : Vanina Michel chante celles de Brassens et de Colette Magny ; Gérard Berliner trois des siennes. Jean-Luc Debattice prête sa voix à Dumas racontant les répétitions d’Hernani et l’affrontement entre Mlle Mars (Catherine Chevallier) et Hugo (François Roy). Ruth Orthmann dirige très habilement les neuf comédiens qui se relaient sur le plateau improvisé. Les invités reçoivent un tiré à part des textes critiques qui accompagnent la réédition par Maisonneuve et Larose du manuscrit d’Hernani en fac-similé.
9 mars. À Verrières-le-Buisson, mise en scène, par Pierre de Galzain, d’un poème de La Légende des siècles, « Le Petit Roi de Galice », avec un accompagnement musical composé par Éric Lemière. Nous y assistons sur le conseil d’amis hugoliens qui ont apprécié la tentative. Sans enthousiasme. J’aurais mieux fait d’aller voir à Aubervilliers L’Intervention par la compagnie « Les Enfants du Paradis », dont Vincent Wallez, qui a mis en scène avec talent la pièce il y a quelques années, dit le plus grand bien. À défaut de pouvoir être au Centre culturel Albert-Camus de Tananarive où se donne en ce moment Mille francs de récompense, mise en scène de Marcia de Castro, par la compagnie malgache Landy Vola Fotsy d’Antananarivo !
17 mars. Abricadabra-Péniche, sur le bassin de la Villette, dans le Dix-neuvième Arrondissement. On s’embarque pour un spectacle intitulé L’Art d’être… Hugo, montage de quatorze poèmes de L’Art d’être grand-père. On monte à bord et, sans quitter le quai de Seine, on voyage ou plutôt on plonge instantanément dans le temps. L’idée de départ relevait d’un artifice assez conventionnel : les figures de cire du vieil homme et de Mariette, la servante évoquée dans L’Art d’être grand-père, s’animent la nuit et revisitent les poèmes ; mais symboliquement, elle définit un projet tout à fait légitime : retrouver, au-delà des images figées, la réalité familière et le contexte historique d’une œuvre. Dans un décor d’une apparente naïveté que son cadre imaginaire justifie, sans prétention mais sans mièvrerie, Pascal Sanvic, qui s’est fait la tête du Hugo des années 1870, interprète avec simplicité, bonhomie et fermeté les textes de ce recueil où l’intime n’exclut pas le politique. Destiné à un public où, idéalement, seraient réunis « grand âge et bas âge mêlés » (selon la formule suggérée par le titre même d’un des poèmes choisis) – et c’est le cas, en cette fin de dimanche après-midi –, le montage n’édulcore pas le recueil et fait place au souvenir de l’exil, aux attaques de la presse déchaînée contre le défenseur des communards pourchassés, à la lapidation de Bruxelles, à la dénonciation de l’imposture du discours clérical. Accompagnée de projections analogues à celles d’une lanterne magique, L’Épopée du lion est un régal d’ironie. On sort de la péniche avec l’impression enfantine et l’émotion nostalgique d’avoir vraiment passé une heure avec Hugo.