Henri Magron, photographe d’inspiration littéraire

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

David Cocksey

 


 

À partir de 1883, la photographie est mise au service de l’illustration d’œuvres littéraires, avec des vignettes et des images en pleine page, reproduites par le biais de la photogravure ou de l’héliogravure, mettant en scène, à la manière de l’eau-forte, des moments-clés du livre où elles figurent. La postérité a négligé ces travaux : l’innovation par rapport à l’eau-forte était surtout d’ordre technique et, aux yeux de certains, ces images, pour la plupart figuratives, étaient redondantes par rapport au texte. On a donc tendance à considérer Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach comme le premier livre à exploiter le potentiel de la photographie : ses trente-cinq planches entretiennent en effet un rapport de complémentarité dialogique avec le texte, évoquant « principalement des eaux immobiles, des perspectives de canaux désertés, des places dont la présence humaine est exclue». L’étonnante modernité de cette œuvre contribua sans doute à faire oublier les efforts antérieurs en matière de scénographie entrepris par des photographes pour représenter des intrigues romanesques.
Parmi ces pionniers méconnus du « récit-photo » fin-de-siècle figure le photographe amateur Henri Magron. Après une brève présentation biblio-biographique de ce dernier, nous nous proposons de considérer le passage du texte à l’image dans trois de ses séries photographiques, choisies en raison d’une certaine contiguïté thématique qui incite à l’étude comparative. À travers les clichés qui les constituent, nous suivrons la progression d’une recherche à la fois technique et esthétique destinée à rapprocher rhétoriques scripturale et iconographique.
Henri Magron naquit en janvier 1845 à Caen, où il vécut jusqu’à sa mort, survenue en 1927. Juriste de formation (il soutint en 1869 une thèse intitulée De la dot mobilière sous le régime dotal et publia une Étude sur la filiation légitime et naturelle), il s’intéressa aussi à la photographie, inventant en 1867, avec son cousin Charles Fayel-Deslongrais, professeur à l’école de médecine de Caen, un châssis-presse pour la photographie botanique. Il fut membre de la Société des Beaux-Arts de Caen dès 1875 et secrétaire de la Société caennaise de photographie, fondée en 1892. Il était aussi un catholique pratiquant, proche des structures paroissiales, ce qui peut expliquer la récurrence de la thématique religieuse dans son œuvre.
En 1889, Magron illustra L’Élixir du révérend père Gaucher d’Alphonse Daudet (réédité chez Charles Mendel en 1894). Ce fut la première de dix suites d’inspiration littéraire : Le Mortier de Marc-Aurèle de Georges Vibert (Douai, 1891), dans le cadre du concours d’illustrations photographiques de la Société photographique du Nord de la France ; L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, ouvrage choisi par la Société des Beaux-Arts de Caen pour son concours de photographie (1891) ; L’Arlésienne de Daudet (Caen, 1892) ; Le Maître de l’œuvre de Norrey, légende normande, nouvelle moyenâgeuse de Gaston Lavalley (Mendel, 1894) ; Un chanoine enlevé par le diable du même auteur (Mendel, 1893) ; Mariage manqué de Jules Claretie (Mendel, 1894) ; Le Curé du Bénizou de Vibert (Gauthier-Villars, 1895) ; Rose Blanche, nouvelle XVIIIe de Léon Berthaut (Lemale & Cie, vers 1897) ; La Petite Maison de Jean-François de Bastide (Mendel, 1898). De 1896 à 1905, il se tourna vers La Normandie monumentale et pittoresque et la ville de Caen en particulier, auxquelles il consacra sept suites de planches. Dans la même veine, signalons une Monographie du vieux Saint-Étienne. Magron illustra également six catalogues d’Expositions artistiques.