Michel Pierssens: Parmi les fonds acquis au cours des 20 dernières années, quels sont, selon vous, ceux qui paraissent les plus prometteurs pour la recherche en histoire littéraire sur le XIXème et le XXème siècle ?

Florence Callu - Je dirai pour commencer que les acquisitions ou les dons de documents du XIXème siècle ont été assez rares dans les dernières années. Ce sont plutôt des documents d'écrivains contemporains, même encore vivants ou des écrivains vraiment à cheval sur le XIXème et le XXème siècles, qui sont venus enrichir nos collections.

M.P. Est-ce que c'est parce que les fonds du XIXème ont été en quelque sorte épuisés ou bien parce qu'on s'y intéresse moins ?

F.C. Non, ce n'est pas le manque d'intérêt. Les écrivains du XIXème siècle ont gardé précieusement leurs manuscrits, et ils commencent à se trouver dans pas mal de collections publiques, essentiellement françaises, un peu aussi à l'étranger. Mais la Bibliothèque Nationale n'a pas le monopole, il y a des fonds dans les bibliothèques municipales de province. On voit encore, dans les catalogues de vente aux enchères, ou bien dans des catalogues de libraires, des pièces qui passent quelquefois, comme un carnet de Victor Hugo ou un carnet de George Sand, mais disons que c'est assez rare. Rien de massif. Maintenant, il semble que les choses soient vraiment assez dispersées ou alors regroupées dans un établissement.

M.P. Est-ce que c'est vrai, à la fois pour les grands écrivains et des écrivains plus mineurs, auxquels on s'intéresse beaucoup depuis un certain temps, des écrivains fin de siècle par exemple ?

F.C. Il ne faut pas oublier qu'il y a une autre bibliothèque parisienne qui conserve les manuscrits d'écrivains de cette époque-là, c'est la bibliothèque littéraire Jacques Doucet, et que si nous n'avons pas de grands fonds d'écrivains de cette époque-là, nous avons par exemple des manuscrits d'Henri de Régnier, de Paul Bourget ; quelques manuscrits de Huysmans (le fonds Huysmans se trouve plutôt à la bibliothèque de l'Arsenal). Nous avons quand même quelques manuscrits de Barbey d'Aurevilly mais ce ne sont pas à proprement parler des écrivains mineurs. Ce ne sont cependant pas des fonds homogènes comparables aux fonds très importants, Victor Hugo, Lamartine ou Zola, que nous conservons dans nos collections.

M.P. Est-ce que les fonds un peu plus anciens, donc les fonds qui sont entrés depuis déjà un certain temps sont très exploités, ou y a-t-il encore beaucoup à faire ?

F.C. Les grands écrivains, je crois, ont été bien étudiés. Il y a eu des quantités de projets mais ils génèrent constamment aussi de nouveaux programmes. Je pense entre autres à un projet de recherche que nous menons avec le CNRS, notamment l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes (section Zola) : il y a un projet, à l'occasion du centenaire de la mort de Zola en 2002, de faire une opération de numérisation sur un manuscrit en étudiant tout le corpus, depuis les premiers avant-textes, qui sont très riches pour Zola, jusqu'à l'édition originale.