EN SOCIÉTÉ
Balzac. Le
Courrier balzacien, nouvelle série, n° 81, 4° trimestre 2000 (45 rue de
l’Abbé-Grégoire, 75006 Paris). Fidèle à lui-même, Le Courrier balzacien fait dans la dentelle. Dans son dernier
numéro, on reproduit un portrait de Laurent-Antoine Pagnerre attribué
faussement à Balzac, en dépit de son « abondante chevelure », par M.
Derville. On s’étend longuement, trop peut-être (au fait, Mme Contensou !) sur
le vidrecome – orthographié tour
à tour par Balzac « vidercome », « vidrecôme » – de l’hôte
de la maison de Passy. On cite in extenso
– nécessaire ? – un article d’Henry Bordeaux sur le Curé de village et le Médecin
de Campagne. On fait – utile ! – le compte rendu méthodique des divers
colloques qui se sont tenus lors du bicentenaire – que fera Le Courrier hugolien ? – etc. Au total,
on butine agréablement des citations et l’on glane parfois des phrases
stupéfiantes d’actualité, comme celle-ci : « Ce n’est pas à la pensée de
se mettre au service des instruments ; c’est aux instruments à servir la
pensée » (lettre de Balzac à Armand Dutacq du 17 juillet 1840).
Cohen. Cahiers
Albert Cohen n° 10, septembre 2000 (115 avenue Henri-Martin,
75116 Paris). Dixième livraison des Cahiers
Albert Cohen dont le premier numéro remonte à 1991. Le précédent numéro
(1999) s’intéressait à « Albert Cohen face à l’Histoire ». Le présent
numéro constitue le second volet de cette entreprise. Un long article documenté
de Catherine Nicault fait le point sur le travail et l’engagement du Cohen
politique et diplomate dans l’Agence juive et auprès du Congrès juif mondial en
1939-1940. C’est en fait la seule contribution qui justifie pleinement le titre
donné à cet ensemble. Le reste présente des études (le mythe de Dom Juan, celui
de l’Éternel féminin, du dandy, de Dionysos et Ariane dans l’œuvre de Cohen),
des recherches (l’impossible désir de la femme dans Belle du Seigneur) et des comptes rendus (trois études récentes
entièrement ou partiellement consacrées à Cohen) qui témoignent de la vitalité
des études sur cet auteur.
Gide. Bulletin
des Amis d’André Gide, n° 130, avril 2001 (La Grange Berthière, 69420 Tupin
et Semons). Cette livraison se place d’emblée sous le signe d’une rébellion
protéiforme que Jean Malaquais, dans un article écrit en 1945, traque au sein
de l’œuvre gidienne, en débordant largement sur les engagements et
désengagements de Gide. On ne se plaindra d’ailleurs pas de trouver plus loin
une mise au point éclairante et nuancée d’Anne Mathieu sur le regard que Paul
Nizan porta sur Gide, avant et après la publication de Retour de l’U.R.S.S., en décembre 1936. Entre ces deux articles,
Lucille Cairns tente de relativiser les « vues dissidentes » sur la
sexualité que Gide propose dans Corydon,
en soulignant les idées reçues qui s’y font jour par ailleurs, et Matthew
Escobar explore la tension entre désir de contrôle textuel et besoin d’ouvrir
le récit au lecteur. Les causeries finales sur « Gide et la Poésie »
viennent alors nous rappeler que tout n’est pas politique.
Flaubert-Maupassant.
Bulletin Flaubert-Maupassant, n° 8,
2000 (Hôtel des Sociétés savantes, 190 rue Beauvoisine, 76000 Rouen). Après un
éditorial de Daniel Fauvel – président de l’association qui publie ce bulletin
– sur l’année Maupassant (2000), qui fut celle du cent-cinquantième
anniversaire de sa naissance, le sommaire propose : « La Contribution
inattendue de Flaubert à un manuel de chemin de fer », par Anne Green (il
s’agit d’un ouvrage d’Eugène Delattre, Les
Tribulations des voyageurs et des expéditeurs en chemin de fer. Conseils
pratiques, paru en 1858) ; « La Maison des Flaubert à Déville »,
par Daniel Fauvel (ladite maison, dessinée par Edouard Duveau en 1900, figure
sur la couverture du bulletin) ; « L’Inventaire après décès des biens de
Gustave Flaubert », par Daniel Flaubert et Matthieu Desportes (Maître
Bidault, notaire) ; « Une lettre inédite de Flaubert à Maupassant et deux
autres billets », par Christoph Oberle. La lettre à Maupassant, datée du
7-8 janvier 1879, est aussi courte qu’inédite : « Donnez-moi de vos nouvelles
! / Comment vous trouvez-vous à l’instruction publique ? / Je voudrais
bien être à Paris p[ou]r assister à la Ière de l’Assommoir. Amitiés à Zola – / Mettez-moi
de côté ce qui paraîtra de plus violent ou mieux de plus bête là-dessus. / Je
vous embrasse / Votre vieux qui pense à vous / Gve Flaubert / Nuit de
mardi »
Manuscrits. Revue de la Bibliothèque nationale de France,
n° 6, octobre 2000, Manuscrits
d’écrivains du XXe siècle. Une livraison riche et variée sur les
manuscrits d’auteurs du XXe siècle déposés à la BnF : les papiers de
Perec (article de Hans Hartje), ceux de Dominique Fernandez, des propos de
François Nourissier sur les manuscrits et les brouillons d’écrivains
contemporains (« Il manque les manuscrits de quelques-uns de mes romans.
J’aurai bientôt réuni à la Bibliothèque nationale de France à peu près
l’ensemble de ces pièces » – on ne rit pas), la correspondance reçue par
Michel Butor, les manuscrits de Merleau-Ponty, le classement du fonds Colette.
Tout cette documentation est d’intérêt variable, mais totalement dépourvue de
danger. Il n’en est pas de même du fonds Pierre et Marie Curie : le service de
radioprotection de l’Institut de physique nucléaire d’Orsay a révélé que ces
papiers étaient encore radioactifs, séquelle du radium manipulé jadis par le couple
de chercheurs. Encore un souci pour cette malheureuse BnF de Tolbiac. Ce ne
sont pas les manuscrits de François Nourissier qui émettraient de tels rayonnements.
Péguy. L’Amitié Charles Péguy, n° 94, avril-juin 2001
(12 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris). Les Cahiers Péguy
publient un dossier sur Romain Rolland préparant son « Péguy ». La correspondance croisée
avec Geneviève Favre, la mère de Jacques Maritain, octogénaire exaltée et
libre-penseuse bavarde mais sympathique, domine parmi l’échange de lettres avec
des proches de l’auteur des Cahiers.
On y voit en action un Rolland septuagénaire, mais étonnamment lucide et
généreux, dans un contexte tout nouveau : l’Occupation, où les bassesses de la
génération suivante remontent (le fils aîné de Péguy, Marcel, présentant son
père dans La Gerbe comme un
précurseur de la « Révolution nationale ») et où les courages se
découvrent (le futur R.P. Bruckberger contredisant Henri Massis lors d’une
conférence, et le payant cher). Il y est souvent fait mention d’amis juifs
devant porter leur « écusson ». En cette période trouble, et de
troubles, les contradictions de l’homme Péguy, comme celles des différentes
périodes de son œuvre « engagée », donnent lieu à des interprétations
contradictoires de la part de ses anciens amis, dont le biographe, blanchi sous
le harnais, sait tenir compte. Mais l’ensemble de ce probe dossier reste d’un
intérêt circonscrit aux amateurs et spécialistes de Péguy. La seule note
d’humour est involontaire : « Je m’oblige à lire les 8 000 quatrains
alexandrins d’Ève (2 000 quatrains).
À 50 pages par jour. Je succombe, après cette dose, de sommeil » écrit le
consciencieux Rolland, qui finit cependant par trouver l’expérience positive…
Pornographie. Revue de la Bibliothèque nationale de France,
n° 7, janvier 2001, Érotisme et pornographie.
Illustrée par des photographies obscènes
pour stéréoscope d’Auguste Belloc datant des années 1860 et par des jetons
de bordel qui ont enrichi en 2000 le département des Monnaies, Médailles et
Antiques (lequel en était totalement dépourvu jusqu’alors), cette livraison
s’ouvre sur un éditorial de Marie-Françoise Quignard, conservateur en chef de
la BnF, qui se hasarde à qualifier Pascal Pia de « plagiaire
notoire » – au risque de se voir coller à elle-même l’étiquette
d’« ignorante notoire » –, puis sur une méditation d’Annie Le Brun
intitulée « Volupté perdue ? » Ce sont ensuite une présentation
d’un album pornographique français du XVIIe siècle (Maxime Préaud),
une étude sur les illustrations de la Thérèse
philosophe de Jean-Baptiste d’Argens (Jean-Marie Goulemot), un article sur
la censure des ventes publiques de livres au XVIIIe siècle (Antoine
Coron), une très vivante présentation du marquis de Paulmy, bibliophile et
grand amateur des plaisirs de la chair (Danielle Muzuelle), une étude sur le
travail des éditeurs de curiosa dans
la seconde moitié du XIXe siècle (Jean-Christophe Abramovici), un
article sur le très érudit et très étrange libraire Gustave Lehec (Jacques
Duprilot), un autre sur l’éditeur René Bonnel qui commit d’innombrables curiosa (Claudine Brécourt-Villars),
enfin une étude sur le comique et l’érotique chez Pierre Louÿs (Jean-Paul
Goujon). On lit tout cela un peu émoustillé. Par l’intérêt littéraire, va sans
dire.
RHLF. Revue d’histoire littéraire de la France,
mai-juin 2001, Bibliographie de la
littérature française (XVIe-XXe siècle). Établie par
Éric Férey, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, cette
bibliographie devient chaque année davantage le fleuron de la Revue d’histoire littéraire de la France.
Triple index : sujets, titres, noms. Satisfectit absolu. Et courage, bravo
et merci à l’auteur, auquel bien des chercheurs sont et seront désormais
redevables.
Rimbaud. Rimbaud vivant, n° 40, septembre 2001
(Amis de Rimbaud, 50 rue de Charonne, 75011 Paris). À côté d’hommages à deux
Rimbaldiens récemment disparus, Pierre Petitfils et Jean-Pierre Giusto, divers
articles originaux : « La Rime comme clin d’œil : Les Effarés » (Steve Murphy),
« Quelques mots sur L’Étoile à
pleuré rose » (Yves Reboul), « Sur deux formules poétiques de
Rimbaud » (Yann Frémy), « Rimbaud et le paysage ardennais »
(Pierre Brunel), « Arthur Rimbaud via Benjamin Britten : Les Illuminations » (Xavier de
Gaulle). Une bibliographie rimbaldienne à l’étranger en 1999, par Seth Whidden.
Nette amélioration d’un bulletin qui n’avait pas publié que des articles d’un
intérêt prodigieux ces dernières années. Un peu plus d’épaisseur, un peu moins
de dévotion, et ce sera gagné.
Roman Populaire. Le Rocambole, bulletin des Amis du roman
populaire, n° 14 et 15, 2001 (23 rue du Léon, 78310 Maurepas). Le Rocambole a
produit ces derniers mois deux numéros de belle étoffe qui témoignent de
l’inscription des historiens de la littérature populaire en leur temps
– ou de la récupération par les producteurs de cinéma des bonnes vieilles
recettes, comment savoir ? Le n° 14 de la revue de l’Association des Amis
du roman populaire coïncidait en effet avec la résurrection sur la toile
blanche de Belphégor, le fantôme du
Louvre dont la première apparition remonte tout de même à mai 1925. Plus tout
jeune, l’animal est en forme, quoiqu’un peu fatigué si l’on en croit les
critiques sceptiques quant à la qualité du film de Jean-Pierre Salomé. Le
dossier du Rocambole est aussi
pétillant et roboratif que ses prédécesseurs. Entourés d’Annie Besnier, Marc
Georges, Laurent Le Forestier, Jacques Bellegarde et Daniel Compère, le tandem
Thierry Chevrier-Jean-Luc Buard tient le niveau de sa réputation. Étranger aux
questions de réchauffement de la planète et de la soudaine tension
géopolitique, ce quinzième Rocambole
s’intéresse aux « Aventuriers du Pôle Nord », ce qui est le signe
d’une belle indépendance d’esprit, en relatant les incursions polaires de Jean
Ray, Alphonse Brown, Boussenard, Salgari, Danrit et celles, plus inattendues,
d’un oublié croustillant, l’auteur du Secret
du squelette : Jean Kéry (1893-1985). Une revue aussi riche
d’informations (complémentaires, correctives, additives et autres, parmi
lesquelles les disparitions de Pierre Versins et Roger Bonniot, et, à noter,
l’apparition d’une « revue des autographes » entretenue par
Jean-Pierre Galvan qui passerait aisément pour l’émule de la chronique de
Jean-Paul Goujon publiée ici même) mérite qu’on s’abonne au plus tôt, d’autant
qu’elle est parmi les rares organes qui fédèrent autant de bonnes volontés. Les
retardataires ne viendront pas se plaindre, ils ont été maintes fois prévenus.
L’imminent prochain numéro devrait être consacré à la littérature populaire
française éditée à l’étranger.
Saint-John Perse. Courrier d’exil : Saint-John Perse et ses amis américains (1940-1970),
textes réunis, traduits et présentés par Carol Rigolot (Cahiers Saint-John Perse, n° 15, Gallimard, 2001, 364 p., 130 F).
Depuis la mort du poète, un certain nombre de publications ont permis de
compléter et surtout de rectifier tout ce que Perse avait tenu à inscrire dans
son propre Pléiade.
Consciencieusement édité, ce volume de lettres est d’un vif intérêt, en ce
qu’il précise les relations entretenues par l’auteur d’Exil avec certains de ses amis américains. C’est un fait que Perse,
aux États-Unis, disposa assez vite de bienfaiteurs et de mécènes en la personne
des Biddle et des MacLeish, très hauts fonctionnaires du gouvernement fédéral
(de plus, son amie Katherine Biddle était la sœur de Marguerite de Bassiano, la
mécène de Commerce et de Botteghe oscure), ainsi que de Beatrice
Chanler et Mina Curtiss. Autre intérêt de ce livre : nous avons ici des correspondances
croisées, incluant, en traduction, les réponses de trois amis américains du
poète, c’est-à-dire Archibald MacLeish, Francis Biddle et Katherine Biddle.
Avec le premier, qui était lui aussi poète, l’admiration était mutuelle, et
grande. On découvrira par ailleurs, dans certaines lettres à Katherine Biddle,
un humour assez inattendu. Bien curieuse, la lettre où Alexis Léger répond à
MacLeish qu’il a rencontré Perse, lequel lui a déclaré n’avoir rien à lui
donner pour sa revue de poésie… Plus anecdotiquement, on voit aussi que, avant
de connaître et d’épouser Dorothy Russell, le poète dut pratiquer un savant
dosage entre ses deux anciennes maîtresses, Marthe de Fels et Lilita Abreu.
Quant à la poésie, on ne trouvera guère de confidences sur la genèse d’Exil, de Vents ou d’Amers. Perse,
qui, à son arrivée en 1940, avait assuré à MacLeish qu’il n’écrirait plus
jamais, ne tint point parole. Mieux encore, ses lettres le montrent très
attentif à tout ce qu’on dit de son œuvre et fort empressé à susciter des
traductions et des articles, voire à les alimenter par ses suggestions.
Stratégie qui culminera lorsqu’il aiguillonnera Gaston Gallimard pour avoir son
Pléiade, qu’il prendra soin de
confectionner lui-même. Précisément, la comparaison des lettres de ce volume
avec le texte qu’en donne ce Pléiade
est des plus piquantes : elle montre que, comme le souligne Carol Rigolot,
Perse « réécrivit ses lettres privées pour en faire un monument
public ». L’édition signale donc en note les interpolations et censures du
volume, qui font voir que l’auteur s’est appliqué à supprimer l’émotion pour
ajouter des fioritures intemporelles. Libre aux critiques de voir quelque chose
d’éminemment poétique et de très Grand Siècle dans cette toilette finale, qui
est moins d’un vrai vivant que d’un homme de lettres voulant se figer dans
l’éternité. Il n’empêche que ces lettres aux amis américains sont fort belles
et que les réponses de ceux-ci attestent de grandes qualités de cœur et
d’esprit. À citer, de Perse, un beau mémorandum sur André Spire, et une
remarquable lettre sur une traduction de poètes espagnols (petite erreur, page
262 : galgos ne désigne point ici,
comme l’indique la note, des lémuriens : il s’agit bien probablement du
mot espagnol signifiant lévriers).
Stratégie littéraire et personnelle à part, on trouvera ici un Saint-John Perse
moins solennel, souvent pris dans le quotidien, et plus spontané : image
qui forme un étonnant contraste avec le diplomate solitaire, ivre de pouvoir,
que nous ont dernièrement montré les si lucides souvenirs de Raymond de
Sainte-Suzanne.
[Alain Chevrier, Éric Dussert, Cédric Gauthier,
Jean-Pierre Goldenstein, Jean-Paul Goujon, Vincent Laisney, Jean-Jacques
Lefrère, etc.]
LIVRES REÇUS
Comptes rendus
Amérique latine. L’Amérique latine et la Nouvelle Revue française 1920-2000 (Gallimard, 2001, 750 p.,
29,73 €). Il suffit de mentionner les noms de Valery Larbaud et de Roger
Caillois pour évoquer aussitôt l’Amérique latine et la place considérable que
celle-ci a occupée – et occupe toujours – dans la culture littéraire française
depuis un siècle. Ce qui ne va pas sans peut-être un curieux déséquilibre,
puisque la familiarité qu’entretient depuis toujours le lecteur français avec
les écrivains et les œuvres s’accommode fort bien d’une profonde ignorance de
l’histoire et des réalités du continent. Cela ne fait que renforcer
l’appréhension spontanée du public, même cultivé, qui perçoit l’Amérique latine
comme une terre de songes vouée par excellence à l’imaginaire et à l’écrit. Le
pays de Borges n’est pas l’Argentine, mais la littérature. Il n’y a pas là que
de la mythologie, puisque les écrivains latino-américains sont de ceux qui ont
toujours placé l’écriture au plus haut parmi les activités humaines en y
investissant une foi, et parfois une amertume, sans réserve. Les œuvres ainsi
produites y ont gagné une intensité, une ampleur, une vibration inconnues de la
plupart des autres littératures. Les Européens n’ont pas manqué d’être fascinés
par cette puissance incontrôlable, brute et raffinée à la fois, qu’ils ont
reçue parfois avec une certaine condescendance (l’Amérique latine faisant écho
avec retard aux mouvements littéraires français), puis de plus en plus avec
admiration. L’anthologie que publient les Cahiers de la NRf en porte témoignage en reprenant des essais et des textes parus
dans les pages de la revue sur une période de quatre-vingts ans. Le titre de
l’ensemble cependant renverse curieusement la relation : n’aurait-il pas été
plus exact de parler de « La
Nouvelle Revue française et l’Amérique latine » ? Un certain
confusionnisme caractérise plus généralement la présentation du volume, avec
pas moins de trois introductions, dont la plus longue, celle d’Édouard
Glissant, manque pour le moins de limpidité. On retrouvera néanmoins avec intérêt
des morceaux choisis empruntés aux comptes rendus, aux chroniques et aux notes
de la revue. La partie Textes, la
plus fournie, donne des échantillons parfois bien brefs d’œuvres parfois déjà
très connues – de Borges à Bianciotti, en passant par Cortázar, Paz ou Onetti.
Les textes d’auteurs moins célèbres permettent de creuser un peu au-delà de ce
panthéon prévisible. Un triple index donne la liste des auteurs et artistes
traités, des traducteurs (ce n’est que justice – bonne idée !) et des
« auteurs de contribution ». Une table des matières un peu détaillée
n’aurait pourtant pas été superflue, même si cela aurait sans doute beaucoup
gonflé le volume : les choix et les perspectives en seraient ressortis de
manière plus lisible.
Baudelaire. Jacques Drillon, Les Gisants (sur La Mort des amants, de Baudelaire) (Le Promeneur, 2001, 147 p., 14,94 €). Se terminant sur un « etc. »” qui résonne comme la formule d’ouverture conclusive du Cygne (« à bien d’autres encor ! »…), cette méditation de Jacques Drillon trouve bien sa place dans cette jolie petite collection du « Cabinet des Lettrés ». Méditation qui s’accompagne illico d’une défense d’« un exercice nommé “explication de texte” », exercice qui « ennuyait », concède l’auteur, tout en restant « le seul espoir de volupté qui nous fût offert ». Utopie que l’on ne saurait certes que trahir, l’explication de texte trouve ici un avatar à maints égards voluptueux et l’etcétéromphe – comme dirait Verlaine – de la fin confirme que, pour l’auteur, une dizaine de (petites) pages par (énorme) décasyllabe sera toujours bien insuffisant. Rutilant essai qui prend constamment le risque de l’interprétation, de la mise en contexte plurielle : guetté forcément par l’erreur, Jacques Drillon évite la sous-interprétation et la non-interprétation avec une étude sinueuse, juteusement digressive, que ce soit dans les nombreux rapprochements proposés (l’auteur sait, contrairement à certains exégète