Précautions d'emploi: Les comptes rendus de lecture d'Histoires littéraires sont assumés par la rédaction, et ne comportent jamais de signature individuelle. Nous nous en sommes expliqués dans le numéro IV-2000 (lire ci-dessous). Vous trouverez néanmoins en fin de rubrique la liste indifférenciée des collaborateurs qui ont bien voulu prêter leur plume, aimable ou acerbe, à Histoires Littéraires.

Les compte-rendus sont en ligne 6 mois à un an après parution.


 

Lecteurs versus anonymes : un mot de la Rédaction d'Histoires littéraires

Depuis le premier numéro d'Histoires littéraires, des lecteurs intrigués, des auteurs irrités, ont fait savoir tout le mal qu'ils pensaient de la signature collective des comptes rendus d'ouvrages. Sous la déloyale protection de ce " lâche anonymat " (sic) se cachaient des esprits malfaisants ou irresponsables, ont pensé ceux de nos avisés lecteurs à qui n'avaient pas échappé la vigueur et l'acidité de certains textes. Après consultation des collaborateurs les plus réguliers de la revue, dont la malveillance ne nous a pas semblé avérée, nous croyons nécessaire de redéfinir sinon la règle, du moins les raisons qui ont présidé à son élaboration.

Poser uniquement la question des signatures en termes de responsabilité vs. irresponsabilité, c'est concevoir la critique de façon bien négative. Nous l'envisageons sous un angle plus littéraire : nous pensons qu'une revue est, davantage qu'une collection de travaux, une œuvre collective. La signature commune pose un principe de solidarité des rédacteurs de comptes rendus d'abord, de cohérence de la ligne éditoriale ensuite, sous la houlette attentive et au besoin modératrice des rédacteurs en chef. Si certains textes s'avèrent très acerbes ou trop complaisants, il incombe aux rédacteurs en chef de demander à chacun d'étayer son jugement de pièces significatives, voire de solliciter d'un autre collaborateur un point de vue complémentaire. Dès lors, chaque article engage la revue, ce qui constitue moins un déni de responsabilité qu'un déplacement de celle-ci à l'échelle du groupe.

Le principe de la signature individuelle transformerait ce projet en créant une collection de rédacteurs à qui l'article du jour servirait de carte d'identité, substituant l'individu au rédacteur, et l'aléatoire à la ligne éditoriale concertée. Et pour quel bénéfice ? Certainement pas celui de l'impartialité, étant donnée la pression qui s'exercerait dans ce cas sur les rédacteurs les plus jeunes, ou au contraire sur les plus en vue, lorsqu'ils seraient amenés à rendre compte de l'ouvrage d'universitaires puissants pour les uns, de proches collègues ou d'amis pour les autres.

Nous comprenons l'inquiétude des lecteurs qui redoutent les dérives de l'anonymat, comme le ressentiment des auteurs dont les travaux n'ont guère recueilli d'éloges, mais leur demandons de considérer que c'est cette responsabilité collective, garantie d'indépendance, qui donne toute leur valeur aux louanges décernées aux ouvrages dont la qualité paraît digne d'attention. Aussi demandons-nous aux lecteurs de nous accorder le temps nécessaire aux réglages de la machine collective qu'est Histoires littéraires et de juger alors sur les écrits, davantage qu'au regard d'une supposée immoralité de l'anonymat (relatif) : c'est par la pertinence des comptes rendus que nous voulons les convaincre que nous ne proposons pas des exercices en démolition, mais des lectures personnelles, engagées et honnêtes.

Un dernier mot : la rédaction s'engage naturellement à faire suivre à l'auteur d'un compte rendu le courrier de tout lecteur ou auteur, content ou mécontent.

Pas de signature, naturellement.